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Ismaël Mahamadou
Ismaël Mahamadou

Né à Niamey (Niger) en 1995, Ismaël Mahamadou est un ancien danseur professionnel. Il découvre la photographie en 2019. Passionné par ce médium, il se forme en autodidacte et se fait connaître avec son studio mobile, décalé et entraînant, lors des soirées de Niamey. Il débute par des travaux de commandes avant de développer un travail plus personnel à son arrivée à Dakar en novembre 2019.

Ses thèmes de prédilection sont l’identité, les personnes invisibles dans la société et l’Homme dans son environnement. Son travail s’inscrit dans un projet plus général de réappropriation et de valorisation de l’identité africaine ainsi que dans une démarche de changement et de transmission en mettant en exergue les problématiques de notre temps.

Instagram @smoscareface

 

Dakar Nostalgie, 2020 (autoportraits)

Cette série est une histoire de « saudade », le mot portugais qui célèbre un sentiment complexe où se mêlent mélancolie, nostalgie et espoir. A travers ces autoportraits, l’artiste met en évidence le sentiment de vide que l’on ressent lorsque l’on quitte son pays pour un autre. L’artiste se dit « être enfermé » avec sa compagne, plus absente que présente. Parfois, absente même quand elle est présente. Alors qu’il commençait à sortir et à se sentir à l’aise à Dakar, le virus l’a, à nouveau, forcé à rester à la maison, à errer en ressassant les moments passés au pays natal. Il se réfugie alors sur l’ordinateur. C’est ce qu’il a voulu exprimer dans cette série d’autoportraits, travaillant sur la seule matière qui était à sa disposition : lui-même.

Free your mind, 2020

Tout a commencé en 1884 quand des « puissances » se sont réunies à Berlin pour se partager l’Afrique. Sur toute l’étendue du territoire africain, les puissances étrangères ont imposé leurs systèmes politiques et économiques et ont mis en place les actes de naissance. Pour contourner cela, les Africains s’échangeaient les papiers lorsqu’un d’entre eux voyageait, changeaient aussi les photos sur les cartes d’identité. Au lendemain des indépendances, des conflits tribaux ont explosé un peu partout en Afrique dus aux multiples frontières visibles et invisibles créées par l’homme blanc. Aujourd’hui, l’Africain se retrouve piégé au sein de son propre continent.

Dans cette série, l’artiste met en lumière cette complexité qu’entretiennent les Africains entre eux, sur le sol africain. Il a décidé de photographier ses amis venant de pays différents, avec leur carte d’identité. Le fond utilisé est celui des commissariats pour prendre en photo les criminels. C’est parfois comme cela que les Africains se perçoivent entre eux sur leur propre continent. L’artiste appelle les Africains à se libérer, à refuser les frontières, morales comme physiques. Pour lui, « circulation » est le maître mot du XXIe siècle, étant également celui qui caractérisait les cultures africaines historiques.

Sur les traces du sel rose, 2020 (photoreportage)

Chaque année, 124 000 tonnes de sel sont extraites. Dans l’eau, les hommes sont immergés jusqu’à la poitrine. Ils se sont enduit le corps de beurre de karité pour se protéger de la salinité extrêmement corrosive. Situé à 28 km de Dakar, le lac Retba est plus connu sous le nom de Lac Rose. Suite à une grande sécheresse dans les années 70, tous les poissons et les végétaux sont morts et se sont décomposés, laissant des algues et des micro-organismes maritimes. La journée, quand le soleil est au zénith, les algues remontent à la surface de l’eau et dégagent des ultra-violets au contact du soleil et du vent donnant cette couleur au lac, qui est passé de 25 km de long à 5 km. Quant au sel qui y est ramassé, il est destiné à la conserverie de poisson et exporté dans la sous-région. Une fois sec, il perd sa couleur rose si particulière et devient blanc, un peu gris, comme la sueur de ces travailleurs.

Dans cette série, l’artiste a souhaité rendre hommage à ces hommes et à ces femmes qui travaillent sans relâche pour subvenir à leurs besoins en mettant en relief le décalage visuel entre cette couleur rose, si douce et apaisante du sel encore humide, ces eaux calmes à la couleur changeante et le labeur terrible des travailleurs. A travers ces photos, l’artiste soulève le « pourquoi et comment » un simple lac est devenu rose et salé.

Dibi Rek !, 2020-2021

En wolof, « De la dibi et c’est tout ». La dibiterie ou « dibi » est une institution à Dakar ; c’est le lieu où l’on mange de la viande grillée, comme au Niger. Ce sont les Haoussas du Niger qui ont ramené leurs grills et leur goût pour la viande au Sénégal. « Dibi Rek » est aussi un clin d’œil au tube d’Ismaël Lô, le musicien sénégalais né à Dogondoutchi, Niger. Cette chanson d’amour, sortie en 1994, est connue de tous au Sénégal. Ismaël Mahamadou nous parle aussi d’amour, d’amour pour la viande, en se focalisant autour des dibiteries !

Cette série rend hommage à ces Nigériens installés à Dakar depuis deux voire trois générations. En les rencontrant sur leur lieu de travail, l’artiste les enregistre, les suis au marché et les photographie au quotidien. Il nous invite à le suivre au cœur de leurs « dibi ».

 

  • Dakar Nostalgie 9
  • Dakar Nostalgie 1
  • Dakar Nostalgie 4
  • Dibi Rek !, Décors #1
  • Dibi Rek !, Fumée #4
  • 100 x 80 cm
    Dibi Rek !
  • Dibi Rek !, Clients #2
  • Free Your Mind 2
  • Free your mind 4
  • Sur les traces du sel rose